Travaux, reportages, théâtre...
Voici trois articles présentant les projets sociaux ou culturels réalisés cette année par les Albertistes.
Des monts de richesses
C’est parti d’une rencontre : Simon de Cyrène, homme disponible désireux de se donner, et Jésus, portant une trop lourde croix. Ces deux hommes ont trouvé une richesse fabuleuse l’un en l’autre. Jésus a un instant senti son fardeau s’alléger, et Simon de Cyrène a pu ressentir la grandeur de cet homme pourtant si faible en apparence…
S’inscrivant dans cette optique, l’ambition de l’association Simon de Cyrène n’est autre que de donner naissance à des rencontres entre valides et invalides, afin de créer de nouvelles amitiés. Et chaque réunion ne cesse de témoigner de la richesse des liens tissés : « Vous voulez donner et recevoir… » lance le prospectus de l’association.
« Le trésor que l’on découvre en chacun est incroyable »
Au premier abord se trouve le handicap, parfois déconcertant, face auquel on a peur de ne pas savoir réagir. Le fauteuil roulant de Marie, l’immobilité de Pauline, la lenteur d’élocution de Pascale… C’est ce qui impressionne en entrant pour la première fois dans la salle où sont rassemblés tous les compagnons Simon de Cyrène. Pourtant, au cours des discussions, le trésor que l’on découvre en chacun est incroyable. Henri souhaite plus que tout devenir nageur professionnel. Pascale est boute-en-train et ne demande qu’à rire et faire rire, mission dont elle s’acquitte avec succès…
Sans compter les autres compagnons valides, dont Solène de Mas-Latrie, organisatrice et coordonnatrice de l’ensemble. Tout juste maman, cette jeune femme rayonne de l’esprit de Simon de Cyrène ; son enthousiasme et sa douceur sont communicatifs. De même, la plupart des autres compagnons sont des jeunes de dix-neuf ans en moyenne, désireux de se donner et de recevoir, pour trouver un aboutissement à leur vie de tous les jours. Après une première intimidation, les liens se tissent, et les trésors de Simon se révèlent.
Finalement, ce n’est pas l’invalidité qui marque le plus nos esprits, mais le sourire, la joie et la simplicité de ces jeunes. Nous avons tellement plus à recevoir qu’à donner… Jésus lui, connaissait déjà tout de Simon de Cyrène : au fond, Simon est peut-être celui qui a le plus appris.
Cécile de Bentzmann
Chronique de l’éducation populaire
Animer la vie d’un quartier défavorisé. C’est la mission lourde, mais menée avec conviction, que s’est donnée le centre Jean-Vilar. Entre les HLM du quartier de la Roseraie, au sud d’Angers, le personnel de cette structure dynamique travaille d’arrache-pied, pour offrir aux habitants une myriade de découvertes et d’expériences à vivre.
Danse, musique, théâtre, sport ou encore pratiques des langues étrangères ne sont que quelques unes des activités proposées par des dizaines d’intervenants, qui mettent leur savoir-faire au service de l’épanouissement de chacun.
Enfants comme adultes peuvent prendre part à ces activités, mais tous sont encouragés à être, plus que des « clients », des acteurs. Au centre Jean-Vilar, chacun peut présenter son projet. Ainsi, les jeunes des familles modestes peuvent partir en vacances ou enrichir leur culture, tandis que les plus âgés sont conviés à des conférences, des ateliers pédagogiques pour les jeunes parents, etc.
Le centre Jean Vilar propose également un service d’aide aux devoirs, ainsi que des cours de langue française afin de lutter contre l’illettrisme à tous âges ; dans un quartier où une large partie de la population est issue de l’immigration, et n’a pas toujours pu bénéficier d’une éducation complète, l’effort mérite d’être salué !
Le centre agit en partenariat avec la fédération nationale Léo Lagrange ; cet homme, qui fut le premier sous-secrétaire d’Etat aux Sports et à l’Organisation des Loisirs, avait en son temps résumé mieux que quiconque la mission d’un établissement comme Jean-Vilar :
« Etre un mouvement d’éducation populaire, […] c’est agir, en complément de l’école et de la famille, pour favoriser l’égalité des chances, et permettre à chacun d’allier la découverte de soi à l’envie d’aller vers l’autre. »
Participer à l’insertion des plus défavorisés dans notre société, voilà la mission lourde, mais menée avec conviction, que s’est donnée le centre Jean-Vilar…
Gauthier Vaillant
Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait
L’impression d’une scène au ralenti.
Dans cette maison de retraite tenue par les Petites Sœurs des Pauvres, les personnes âgées cheminent péniblement vers leur table pour le dîner. Tous les gestes sont pesés. La lenteur de cette assemblée est frappante. Ces personnes qui n’ont plus grand-chose a eux, ni plus grand monde autour d’eux, nous apprennent pourtant beaucoup.
Au-delà de cette lenteur, certains témoignent d’un caractère difficile, et leur fréquentation régulière permet de comprendre le motif de leur irascibilité permanente, ce qui fait dire à telle assistante que tel ou tel est un casse-pieds.
Exaspération
Ces personnes nous enseignent à aller au-delà de l’énervement que l’on ressent parfois, pour apprendre à être plus indulgent, plus humble. Certains ainsi font preuve de méchanceté, voire de grossièreté.
Il faut alors prendre sur soi, en s’efforçant de ne pas leur en garder rancune. Car plus le temps passe et plus on comprend que c’est leur faiblesse, leur impuissance qui les frustre et les rend blessants. Il faut sans cesse les rassurer, et faire preuve d’énormément de patience. Maintenant qu’elles ne peuvent plus gérer elles-mêmes la vie quotidienne, elles se sentent rejetées, isolées. Et c’est finalement ces personnes-là qu’on s’efforce d’aimer plus que les autres, malgré tout.
D’autres résidents restent au contraire souriants, sinon véritablement heureux. Ainsi pour certaines tables dynamiques, on entend de vives discussions, et parfois même des rires. La vieillesse et l’isolement n’atteignent pas leur humour, leur vie, et les contempler est source d’émotion. Ces personnes n’ont plus grand-chose à attendre de la vie, elles sont souvent seules, et gardent néanmoins la joie en elles.
« Ne jamais oublier de sourire ! » Comment ne pas conserver la confiance en l’avenir en voyant cela ? Il y aura toujours quelque chose de beau à tirer de l’existence, aussi misérable soit-elle. On comprend alors l’importance de la gaieté, pour tous les jours, et surtout pour ces personnes démunies qui y sont sensibles. Voir ce vieil homme nous apostropher gaiement par un : « Faut jamais oublier de sourire Mademoiselle ! », n’est-ce pas là une des plus belles et simples leçon de la vie ?
Pour eux, la vie touche à sa fin, et ils l’occupent par de petits gestes lents. Certes cette vie ressemble à un film au ralenti, mais cette société qui met de côté les non productifs, cette société qui fait peu de cas de la sagesse des anciens, cette société enfin apparaît comme source d’un beau gâchis.
Blanche RENOUL
Des contes ... au théâtre
Mardi 27 avril, les étudiants d'Albert le Grand sont allés au bout de leur travail d'écriture en montant sur scène.
Après la rédaction des contes durant les mois passés et après un travail de mises en scène et quelques répétitions, les étudiants d'Albert le Grand sont montés sur les planches. Ils ont donc entièrement monté un spectacle.
Les étudiants avaient également réalisé les décors qui était très réussis.
Ils se sont produits devant une petite centaine d'enfants attentifs et émerveillés.
A l'année prochaine !
Ircom Institut Albert le Grand
Compte rendu de la conférence d'Alain Lanavère.
C’est en sa qualité de «liseur» que M. Lanavère est venu mardi dernier, transmettre aux
élèves de l’Institut Albert le Grand (Ircom), son goût pour la lecture. Au delà
du simple témoignage, son exposé visait à présenter l’expérience même de la
lecture en tant que plaisir inutile et universellement partageable.
En effet
après avoir énuméré les dispositions que prend le lecteur à chaque fois qu’il
ouvre un livre, il a amené les étudiants à s’interroger sur ce qui fait de la
littérature un art particulier, offrant une expérience esthétique forte et
désintéressée, au même titre que la peinture ou la musique. Ce sont pour ce
professeur de la Sorbonne, les dispositions a priori et le jugement esthétique du lecteur qui
fondent la qualité d’un livre, bien plus que des critères objectifs comme le
langage ou le thème.
C’est pourquoi au-delà de son caractère formel et
éventuellement rébarbatif, l’œuvre littéraire est pour le lecteur une
inépuisable «source jaillissante de plaisir». Mais comme tout
plaisir il convient de le raisonner pour éviter les excès du bovarysme
(confusion de la réalité avec le monde réel) ou de l’esthétisme (privilégier la
lettre à l’esprit, en s’efforçant de parler comme à l’écrit par exemple).
Non pas un exposé théorique, mais
bien plus une excitation de notre appétit littéraire, voilà ce que fut
l’intervention de M. Lanavère. Il réalisait, en fait un peu, ce qu’il voulait
partager la lecture n’est jamais un plaisir futile. Elle est surtout et
avant tout, un exercice spirituel, qui ouvre tranquillement l’homme au monde et
à lui-même.
Jean-Hippolyte Feildel
Etudiant en L1
Ircom - Albert le Grand
Retour sur la conférence d'Alain Lanavère, à l'Ircom-Institut Albert le Grand, le 20 avril 2010 à 14 h.
Monsieur Lanavère est sans doute ce que l'on peut appeler un « professionnel » de la littérature. Ardent lecteur, khâgneux, professeur agrégé de la Sorbonne, jury de l'École des Chartres, il a un bagage plus que consistant dans ce domaine. Mais, la littérature n'est pas simplement son métier, c'est avant tout sa passion et à travers chacun de ses mots, son amour pour les livres transparaît. En deux petites heures, il a bien voulu nous faire partager son « expérience de la lecture » … qui est un bonheur !
Selon lui, elle est un don généreux qui implique de rompre avec le monde concret pour s'évader dans l'univers de l'auteur. C'est un renoncement à la rentabilité du temps, pour le plaisir de la gratuité.
Il distingue les textes littéraires des autres, même si cette différence ne fut pas toujours très claire dans son esprit. Enfant, les ouvrages de la comtesse de Ségur, de Jules Verne et d'Hergé étaient pour lui la plus belle des littératures avant qu'il ne s'aperçoive que les célèbres manuels de Lagarde et Michard (dont il fut l'élève) ne parlaient jamais de romans d'aventures, de bandes dessinées...
Lire un texte « littéraire » n'est pas toujours passionnant comme l'est souvent la lecture d'un roman policier. Certaines pages semblent longues, inutiles (Balzac était payé à la ligne), surfaites... Néanmoins, il faut se plonger dans ces textes comme on contemple un tableau, ou comme on se laisse porter par une belle musique, en apprécier toutes les sonorités, la forme autant que le fond et parfois même plus. Lire un texte littéraire apporte un plaisir esthétique qui vise une certaine universalité mais ne peut être théorisé. La rencontre du Beau n'est pas conceptualisable. Un texte littéraire nous donne aussi une vision du monde différente de la nôtre. Il faut garder à l'esprit que la littérature n'est pas la réalité exacte et c'est là tout ce qui fait sa richesse. Balzac, Zola et Tolstoï ne nous peignent pas le monde à la manière d'une immense photographie mais nous proposent leur « monde », la vision qu'ils en ont et ce qu'ils en perçoivent. Ainsi, il faut s'ouvrir à l'identité de l'auteur, à son « moi social » pour comprendre son « moi profond » et s'imprégner de son œuvre. En revanche, il faut savoir se garder d'une lecture « échappatoire ». En effet, le Bovarysme ayant fait ses preuves, il ne faut pas se réfugier dans la littérature, faute de mieux. Il faut savoir se détacher de ses héros, savoir reprendre pied dans la vraie vie quand le livre est fini.
La vie littéraire d'un homme est pleine de moments inoubliables et d'émotions intenses. En effet, qui n'a jamais été touché pas un poème, une page de roman, une scène de théâtre ?
Notre brillant orateur a conclu en affirmant être toujours à la recherche du livre « parfait » et a jeté un regard plein d'espoir sur l'état du monde littéraire actuel, qui s'enrichit chaque jour. « Lisez et relisez ! Vous ne serez jamais déçu ! » a-t-il ajouté, avant de nous inciter à partager nos lectures, à ne pas les laisser « dormir dans notre cœur » comme l'écrivait la comtesse de Ségur, si chère au cœur de ce « liseur » convaincu.
Maëlle de la Chevasnerie
étudiante en L1
Vidéo diffusée lors des 25 ans de l'Ircom